Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka

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Au mauvais endroit au mauvais moment

L’histoire :  

Après l’attaque de Pearl Harbor, les Etats-unis ont cherché le moyen de gérer les ressortissants américains d’origine japonaise. C’est dans des camps d’internement que ces derniers se retrouvent propulsés, soit disant pour les protéger.

Au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor, une famille de Berkeley brutalement arrachée à sa demeure est déportée par le FBI à la frontière du désert. Ses origines japonaises suffisent à justifier l’emprisonnement, la peine et l’humiliation. Trois ans auxquels chacun doit survivre, agrippé aux joies passées, pour tenter de se reconstruire dans les ruines de la Seconde Guerre mondiale.

Editeur :Editions 10/18 – 160 pages | Sortie : 05/06/2008

L’auteur : 
Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art à l’université de Yale, elle abandonne finalement la peinture pour se consacrer entièrement à l’écriture. Son premier roman Quand l’empereur était un dieu est largement inspirée de la vie de ses grands-parents et a été primée de très nombreuses fois. Son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer a été considéré aux Etats-Unis comme un véritable chef-d’oeuvre.

Mon avis : 

Que cela fait du bien de retrouver la littérature japonaise avec sa sensibilité, sa simplicité et sa capacité à nous émouvoir. J’avais beaucoup apprécié Certaines n’avaient jamais vu la mer, et j’ai été convaincu par cette nouvelle lecture de cette auteure.

On suit avec une distance  pudique le devenir d’une famille japonaise installée à Berkeley. De l’arrestation du père dont ils ne reçoivent que des courriers censurés aux retrouvailles trois années plus tard, l’auteur aborde le périple de ces japonais vivant aux Etats-unis durant la seconde guerre mondiale et déplacés dans des camps de “concentration”.

Des premières pancartes d’avertissements à celles d’interdictions, le quotidien des japonais se compliquent en raison du conflit. Les amis d’hier vous regardent avec suspicions – sont-ils des agents infiltrés? Vont-ils nous égorger durant notre sommeil? Signalent-ils des positions pour un bombardement ennemi? – autant d’interrogations, humaines, qui plongent une communauté dans la peur.

Ce qui choque c’est le calme avec lequel la mère de famille organise leur départ pour le camp d’internement. Méthodologique, froide mais pas dénuée de sentiments, elle prépare tout cela avec dignité et respect. Une attitude pleinement japonaise! À aucun moment elle n’exprime un sentiment d’injustice, ni ses enfants d’ailleurs. Lorsqu’ils sont dans le camp, chacun fait part de ses rêves tout en acceptant des règles contraignantes.

Le traitement qu’ils subissent, départ avec peu d’effets personnels, un trajet long et pénible, un parcage dans un environnement hostile et aride, une surveillance accrue et au final une perte d’humanité affecte le lecteur. Si cela rappelle les sombres heures de la déportation en Europe par les nazis, celle-ci n’a pas la même destination mortelle. L’internement est justifié selon le côté où l’on se trouve soit pour vous protéger de la colère des américains, soit pour vous surveiller et lutter contre une hypothétique 5ème colonne.

J’ai apprécié cette lecture qui traite d’un pan de l’histoire américaine peu glorieux et méconnu. À aucun moment l’auteure n’exprime une colère ou voire une haine contre ce traitement fait aux japonais. C’est avec beaucoup de sincérité et de douceur qu’elle raconte cette histoire sans jeter la faute sur qui que ce soit. Lorsque l’on termine le roman on est presque apaisé alors qu’il traite d’un sujet qui devrait vous remuer. Attention je ne dis pas que cela vous rend insensible, loin de là, mais juste zen, comme le bambou, on plie mais on ne cède pas, pour ici à la haine.

Le style

Comme je le disais tout est écrit avec douceur, sincérité et sans aucune animosité. Pourtant le sujet s’y prête facilement. Mais c’est là la force de la littérature japonaise. Humaniser l’écrit mais avec retenue et pudeur. Et c’est cela qui touche le lecteur. Rien de renversant mais une sensibilité qui vous interpelle et vous accompagne tout au long de la lecture.

Ma Note : 3.9/5

Mon petit point positif :

Un sujet qui n’est pas souvent abordé mais qui marque l’histoire des Etats-unis.

4 réflexions au sujet de “Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka”

  1. J’avais lu de cette auteure Certaines n’avaient jamais vu la mer dont le style m’avait paru un peu distant et m’avait laissé un peu perplexe, mais c’est d’une très grande sensibilité. Peut-être que je retenterais l’expérience avec ce livre vu ce que tu en dis 🙂

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    • C’est ce que j’apprécie chez elle, cette pudeur qui donne toute sa sensibilité à ses écrits. Si tu as eu ce sentiment sur Certaines n’avaient jamais vu la mer, j’ai peur que ce soit encore plus marqué dans ce roman.

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  2. J’aime beaucoup la littérature japonaise, qui nous donne souvent une plume très poétique, et très douce. Je n’ai jamais lu cette auteure mais je pense que j’essaierais de découvrir un de ces ouvrages un jour. Je prends note que son style te plait 😉

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    • Merci à toi pour ce commentaire. Tout comme toi j’apprécie beaucoup la littérature japonaise, il va falloir que je m’y replonge un peu plus. J’ai acheté dernièrement Tsuzuki de Aki Shimazaki, une auteure que j’aime énormément. Tu la connais?

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